Le grappin dessus.

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La bêtise.

Je traînais les pattes dans les rues de Paris un samedi matin vers mon lieu de rendez-vous. On l’a choisi neutre. Aucun attachement. Jamais mis les pieds. Ayant pour seul avantage d’être à égale distance de nos logements respectifs.

Ce petit moment où on a le temps de réfléchir et l’envie compulsive de faire demi-tour et ne jamais donner signe de vie. Seule avec soi-même avant de rencontrer celui qui fait aussi que vous êtes vous-même aujourd’hui.

Qui se tient devant ce restaurant. La tremblote. Et vous aviez de toute façon imaginé différemment ce moment soit disant clé. Impact imminent.

C’est étrange cette ressemblance. Cette décontraction dont je fais preuve. Il pleure à moitié. N’arrête pas de trembler. Je suis joviale et rassurante.

Il n’y a pas de belle musique en fond sonore. Ni d’effet de caméra pour accentuer le pathos de la situation. Juste lui et moi attablés dans un troquet. Avec des témoins autour sans aucunes informations sur la scène qui est entrain de se dérouler.

Les questions fusent. La rencontre se fait. Le lien ne se créer pas, il existe déjà. C’est viscéral. Il se reconnait. Je me reconnais. Et outre les ressemblances physiques, légitime des aspects de ma personnalité dans ses dires. Je suis moi parce qu’il est lui aussi. Simple constat.

L’amour. L’aventure. La douceur. La sensibilité. L’improvisation. L’émotivité. La gentillesse. Je déclare à cet instant admissibles ces penchants de moi-même qu’on m’a toujours demandée de dissimuler.

Mais ça sera tout.

Tant de projets sur la comète. Je pensais que nous pourrions devenir une famille. Une vraie. Déjeuner tous les dimanches. Que ce lien était important et donnerait une suite. Mais il s’avère que quand vous pensiez ne plus avoir de rancoeur, celle-ci refait surface. L’abandon est toujours là. Et je fais bel et bien semblant de l’avoir oublié.

« Tu sais c’était une bêtise d’avoir un enfant, et je n’ai pas voulu assumer, je m’en veux ».

Cela s’arrêtera là. Il m’a donné ce que je voulais. Il peut apaiser un peu sa culpabilité. Se soulager comme il veut. Et je vais continuer ma vie. Tu peux me payer le resto, c’est cool. Moi je m’en vais de mon côté.

J’ai toujours su que j’étais une bêtise. Aujourd’hui je le suis toujours, mais autrement. Merci à toi aussi.

Houblon ai-je la tête.

Donc ce moment dans l’avancée vers la vie d’adulte où l’on ne se retrouve plus. À force de se chercher. Celui où la logique et votre entourage vous orientent vers l’affrontement nécessaire avec le dénommé coupable des maux actuels.

Enfin, celui que vous avez vous-même mis en examen.

Alors, vous buvez une petite bière pour vous donner du courage. Et puis une seconde, pour profiter d’un moment de convivialité et de partage avec vos amis. Oh et une troisième car la conversation s’oriente bizarrement sur vous. Celle que vous êtes et pourquoi vous êtes. Et puis vu l’heure, une quatrième s’envisage totalement. Ne pouvant définir qui je suis autant me noyer dans l’alcool ce soir.

C’est cette histoire de timing. Ce p*** d’instant T que vous essayez d’esquiver mais en vain. Même au bout de 28 ans, il trouve toujours un petit moment pour se consacrer entièrement à votre personne. Patient. Et malin. Savait-il sûrement que l’abus de houblon arrangerait notre rencontre tardive.

Du nord au sud de Paris en vélo je rumine. Suffisamment pour jeter mes affaires à peine passé la porte du mini-appartement qui me sert de dortoir et me ruer sur mon ordinateur.

Un contact pour quémander de l’argent dix ans auparavant qui grâce à cette merveille de technologie se retrouve sans effort. Un clic. Tapoti-Tapota. Deux clics. « Envoyé ».

Un lendemain difficile. La tête qui bourdonne. Un super sentiment de qu-ai-je-fait-insulte-ignominie. Et une réponse au finale. Enjouée mais droite. Assurée mais puant la panique. La rencontre aura donc lieu.

Du coup.

Entre béatitude et débilité. Fière de l’affront que je lui faisais. J’espérais la réaction typique pour m’effondrer. Je n’eu qu’un « merci ». Un putain de réel merci. Issue d’une réelle réaction à ce qu’il voulait bien retenir de cet écrit. Un égo flatté. Cela ne m’aide en rien. Je reste en apnée.

C’est à l’instant où je vis ses mots gentils s’imprimer sur mon téléphone, à cet instant précis, que je compris. Je cherchais le fond dans la mauvaise direction. Nous étions certainement à des années lumières l’un de l’autre aussi il ne pouvait en aucun cas être le guide vers la voie tant souhaitée. La lumière sous-marine.

C’est là qu’elle scintilla. D’une mignonne discrétion. En toute pudeur. Je n’avais qu’à tourner la tête et à nager dans sa direction.

Sur le chemin de sa reconnaissance, je croisais des événements oubliés. Souvenirs de relations vécues. De secondes clés enfouies dans ma mémoire. J’avançais à tâtons, intriguée par les révélations successives. Comme des rappels. Au bon moment au bon endroit. La lumière grossissait au fur et à mesure. Sans que je puisse la distinguer parfaitement. Importunée par les réminiscences du passé, je m’efforçais de rester le regard fixé sur elle.